09.04.2007
Treize petites enveloppes bleues
Maureen Johnson [Gallimard]
Roman pour adolescents, Treize... raconte l’histoire de Gin (aka Virginia Blackstone), une jeune américaine de dix-sept ans qui vient d’apprendre le décès de sa tante. Ginny et sa famille n’avaient plus de nouvelles de Peg depuis longtemps déjà, l’annonce de son cancer fatal est donc un choc. Peg était la tante préférée de Gin : artiste, créatrice, un peu loufoque sur les bords, elle menait une vie de bohème qui l’émerveillait. Et voilà que l’ado reçoit un étrange paquet : un lot de treize lettres glissées dans des enveloppes bleues numérotées. Ginny doit les ouvrir une par une, et suivre les instructions notées par sa tante : la première étant de prendre un aller simple pour Londres. C’est ainsi que son périple sur le vieux continent commence. Vadrouillant en Angleterre, en Ecosse, en France, en Italie, au Danemark ou encore en Grèce, Ginny entreprend un véritable voyage initiatique.
Peg l’emmène sur ses traces d’artiste, la faisant rencontrer ses amis, lui faisant découvrir ses œuvres. Ginny accepte les règles (pas de téléphone, pas d’appareil photo, pas de carte) et suit l’esprit de sa tante, faisant à son tour ses propres rencontres porteuses de sens.
Le roman se lit métaphoriquement. Il est évident qu’il faut prendre du recul face à la facilité du périple de l’adolescente : personne n’a l’air de particulièrement s’inquiéter pour elle, elle accepte sans broncher de partir sans un sou en poche et sans aucune indication, rien de bien grave ne lui arrive. Cette quête oscille entre sa légèreté apparente et sa profondeur certaine. Chaque lieu visité est un clin d’œil de Peg à sa nièce. Si le sens du voyage nous échappe au début, on comprend vite que Peg a un message à transmettre à Ginny. Sa maladie l’a vraisemblablement un peu déboussolée, et elle revient sur ses souvenirs à travers cette chasse au trésor.
Attention ! A ne pas lire si vous souhaitez découvrir le livre par lui-même...
Ginny est une adolescente sans histoires, calme et timide. Un peu comme on peut l’être aussi. Il est donc facile de se reconnaître en elle, et de ressentir cet instinct absolu qui la pousse à tenter cette aventure européenne par amour pour sa tante. Ginny ne ressemble pas à Peg, mais un lien très fort unit les deux femmes. En suivant ce lien, un peu à la manière d’Ariane, Ginny découvre le quotidien de sa tante pendant ses dernières années, et accède à la Connaissance.
Cette connaissance, c’est celle qu’il faut vivre et profiter. Ne pas agir comme Peg, qui malgré ses qualités et sa soif de vie, a fait des erreurs : celle de laisser passer l’homme qu’elle aime. Celle d’avoir quitté une famille qui l’aimait, sans donner de nouvelles. Celle d’avoir passé son temps à fuir dès que les situations devenaient stables et sérieuses.
Un passage marquant du roman est cet extrait de la lettre 11 écrite par Peg :
« J’ai compris que j’avais trouvé ma destination il y a bien longtemps, et que j’avais oublié de m’arrêter. Mon avenir était derrière moi. »
Ce roman n’a pas la prétention de donner des leçons. Il rappelle juste à Ginny, et aux lecteurs, que la vie est courte, que des drames peuvent survenir. Qu’au lieu de fuir, il faut s’attacher à vivre pour ce que l’on aime, et ceux que l’on aime. Peu importe la route que l’on suit. On peut même suivre celle de Peg. Tant qu’on ne le regrette pas un jour, et qu’on n’en arrive pas à établir le constat que nos bonheurs nous ont échappé.
Le +/- de Lore: Ce roman nous conte le parcours d’une adolescente mais son propos, plus profond qu’il n’y parait, fait de lui, une leçon de vie. C’est un roman « magique » où chacun peut se retrouver, peut ressentir les sentiments de Ginny et apprendre des lettres de Peg.
Se laisser porter par sa lecture serait ma seule consigne pour réellement l’apprécier.
Peu importe qu’il soit qualifié de « roman jeunesse », le fait d’aimer la vie, n’a pas d’âge.
A travers les yeux de Peg, l’Art prend une autre dimension, peut être plus « accessible ». La façon de regarder un tableau, les différentes anecdotes ou lieux chargés d’Histoire donnent envie de prendre une carte et de suivre Ginny, de retrouver les quelques œuvres évoquées, de Londres à Rome, de la Grèce au Pays Bas.
Je suis tombée amoureuse de ce livre. Ce n’est peut être pas le plus mieux écrit mais il a le « pouvoir » de réveiller la conscience de son lecteur et de lui ouvrir les yeux sur le monde, de ce qui réellement important. Tout en conservant un ton léger. Il n’y a pas de morale de la part de Peg, juste une invitation à trouver le bonheur…
10:30 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.03.2007
Quatre filles et un jean
Ann Brashares [Gallimard]
Quatre filles et un jean est le premier tome d'une série écrite par la romancière américaine Ann Brashares. Roman jeunesse, il raconte l'amitié de quatre adolescentes. Séparées le temps d'un été, elles gardent contact grâce à un jean 'magique' : ce jean qui ne payait pas de mine le jour où elles l'ont acheté se révèle extraordinaire. Il a la faculté de s'adapter à chacune d'entre elle, tout en les mettant en valeur. Plus qu'un vêtement, ce jean est le symbole de la force de cette amitié qui sublime les qualités de chacune de ces quatre ados.
Le lecteur découvre d'abord Carmen, d'origine portoricaine et dont les parents ont divorcé. Elle part rejoindre son père dans la banlieue de Washington, enthousiaste à l'idée de passer son été avec lui : parties de tennis et fous rires sont au programme. Mais une drôle de surprise l'attend... Lena est une adolescente superbe au charme typiquement méditerranéen. Avec sa soeur Effie, elle s'envole pour la Grèce rejoindre ses grands-parents. Sous le soleil de Santorin, elle découvrira des paysages magnifiques à peindre... et Kostos. Bridget, elle, est une ado sportive et tête brûlée. Pendant l'été, elle participe à un camp sportif au Mexique où elle cherchera à séduire un de ses moniteurs. A ses risques et périls. Enfin Tibby est la rebelle de la bande : peu soignée, elle est la seule à rester dans leur ville natale. Son projet pour l'été ? Travailler au Wallman local tout en réalisant un film sur les loosers du coin. Mais tout ça, c'était avant de rencontrer Bailey.
Le roman ne nous présente que rarement les quatre ados ensemble : les récits s'entrelacent, entrecoupés par les lettres qu'elles s'écrivent en s'envoyant le jean. La narration est parcourue par de nombreuses ellipses, qui donnent l'impression d'un temps du récit beaucoup plus court : de l'ordre de quelques semaines plutôt que de mois. Aucun temps mort ne vient plomber le roman grâce aux changements fréquents de situations.
Ces filles de septembre sont attachantes. Bien qu'elles soient très différentes, l'amitié qui les unit semble pourtant indéfectible. Le lecteur est témoin de leurs aventures au même titre que le jean. Si ces ados sont facilement identifiables en ce qu'elles sont une représentation des différentes adolescentes d'aujourd'hui, certaines sont plus touchantes que d'autres.
Attention ! A ne pas lire si vous souhaitez découvrir le livre par vous-même...
Le personnage le plus touchant est sans conteste celui de Tibby. Alors qu'elle entame sa journée de travail au supermarché, une cliente s'évanouit au milieu des déodorants. Cette cliente est en réalité une petite fille, ou plus exactement une ado de douze ans qui en paraît dix : Bailey. Quand Tibby passe chez elle le soir-même pour lui rendre son portefeuille oublié, elle est sidérée par l'agressivité de Bailey. Car la demoiselle n'a pas la langue dans sa poche, et aurait même tendance à attaquer Tibby. Celle-ci apprend alors que Bailey est malade, atteinte d'une leucémie. Eprouvant d'abord de la pitié pour la malade, allant jusqu'à l'autoriser (implicitement...) à participer à son film, Tibby finit par s'attacher à elle. Car Bailey est une véritable leçon de vie : elle apprendra à Tibby à aller voir plus loin que ces loosers interviewés pour le film, à découvrir les sensibilités derrière les apparences.
Raconter le livre serait trop long, et ferait perdre au roman tout son charme. Il convient cependant de savoir que chacune reviendra différente de cet été passé à la maison ou à l'autre bout du monde. Certaines auront appris à assumer leur sensibilité, d'autres à apprécier le bonheur de ceux qu'elles aiment. D'autres encore auront fait des bêtises mais auront compris que tout vient en temps et en heure, et qu'il ne sert à rien de vouloir aller trop vite. Les filles de septembre auront grandi, mais se seront serrés les coudes : cette amitié est le fil rouge du roman. Rien d'extraordinaire ne s'y passe, seulement le quotidien d'adolescentes : l'amitié, l'amour, les rencontres. Mais chaque lectrice pourra se reconnaître dans l'une d'entre elles, dans ces personnages finalement universels.
Le +/- de Lore : à la lecture, on se dit qu'il ne semble rien arriver d'exceptionnel à ces jeunes filles. Ce sont des adolescentes comme il y en a beaucoup, avec une confiance en soi "débordante" pour Bee et son contraire pour Lena et Tibby, et une attitude d'enfant un peu gâtée pour Carmen qui veut son "papa" pour cet été si particulier. Mais c'est justement ce qui fait que l'on se plonge si facilement dans ce roman : ces filles sont vraies, avec leurs qualités et leurs défauts, ont des sautes d'humeur, se fâchent et se rebellent. Elles ont 16 ans et l'auteur a su trouver les mots pour retranscrire les sentiments de ces héroïnes. Ce qui les rend vraiment proches de nous, et si attachantes que l'on a envie de découvrir encore d'autres étés avec elles !
Le petit + vraiment sympa : Les citations que l'on trouve au début des 'chapitres' sont toujours justes, souvent drôles. Elles semblent avoir été collectées au fil de livres, de chansons ou de conversations. Une de mes préférées : "Ceux qui errent ne sont pas toujours perdus" (JRR Tolkien). Ou au hasard : "La vérité vient avec le temps" (proverbe trouvé dans un biscuit chinois), ou encore "Avant de dire du mal de quelqu'un, faites un kilomètre dans ses baskets. Quand vous le critiquerez, vous aurez déjà un kilomètre d'avance et ses baskets en prime" (Frieda Norris).
Le petit - du pacte qui me fait bondir : le fait que les filles ne doivent pas laver le jean. Ok, il est magnifique, mais sincèrement, portée par quatre filles différentes même lors d'une soirée ou d'un évènement, et ce pendant deux mois... Qui aurait cru qu'il y ait un peu de Bree Van de Camp en moi ?
20:45 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
