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20.06.2007

L'attrape-coeurs

a536c5d74dc79d5faaa91c40d11ddf11.jpgJ.D. Salinger [Pocket]

Holden est un adolescent à la vie plutôt tranquille. Il a subi son lot de drames et de déconvenues, mais il continue son bonhomme de chemin. En apparence, du moins. Quand commence le roman de Salinger, Holden vient à nouveau d'être renvoyé d'un pensionnat prestigieux parce qu'il n'a pas fourni le travail attendu. Plutôt que de laisser passer le week-end et d'attendre à l'école que ses parents reçoivent la lettre de renvoi, Holden décide de fuguer et de profiter de ses derniers jours de liberté insouciante à New York. Après avoir revu son compagnon de chambre et son affreux voisin de dortoir, il fait sa valise et part. Son récit 'autobiographique' est donc celui de son errance. Il écrit comme il parle : les phrases sont longues, peu ponctuées, de longs souffles agrémentés d'argot. Ses pensées brutes nous sont livrées, simplement.

 Le lecteur suit donc Holden dans ses pérégrinations. Il est là quand l'adolescent revoit Sally, qu'il traite de manière plutôt abominable disons-le. Il est là encore quand Holden attend la visite d'une prostituée dans sa chambre d'hôtel, puis que le 'maquereau' vient lui flanquer une raclée pour lui voler un peu plus d'argent. Il est là toujours quand Holden passe sa dernière nuit chez son ancien professeur, une nuit qui se révèlera la plus cruelle des désillusions. Mais surtout, le lecteur suit tant bien que mal les méandres des sentiments d'Holden. Il comprend son attachement à sa petite soeur Phoebé, un trésor d'intelligence et de bonté, un p'tit bout de fille adorable qui voue un culte à son frère. Il est encore présent quand Holden délivre, au compte-goutte, ses souvenirs de son frère mort Allie.

Si ce roman est difficile à résumer, si l'action ne paraît pas engageante, c'est que son intérêt réside ailleurs. Ce récit est ceui d'un adolescent à qui la vie pourrait sourire, mais qui ne s'y retrouve pas. Holden ne veut pas grandir, devenir un de ces adultes qu'il méprise profondément. Ce garçon brillant, certes un peu égoïste, rejette avec virulence ce monde d'hypocrisie, de faux-semblants, de conventions qu'il affronte chaque jour un peu plus durement pendant sa fugue. Un peu immature encore, il préfère continuer à partager l'univers enfantin de sa petite soeur, tout en ressentant la pression d'une société qui l'oblige à grandir et à changer.

Quand Phoebé lui demande ce qu'il veut faire plus tard, Holden lui répond, faisant référence à un poème de Robert Burns :

Je croyais que c'était 'Si un coeur attrape un coeur'. Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d'une saleté de falaise. Ce que j'ai à faire c'est attraper les mômes s'ils approchent trop près du bord. Je veux dire s'ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C'est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l'attrape-coeurs et tout. D'accord, c'est dingue, mais c'est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça.

Holden achève son récit depuis sa chambre d'hôpital. A son retour, il a vraisemblablement été interné, avant d'entamer une nouvelle rentrée scolaire.

Mais peut-on réellement soigner cette angoisse de vieillir, d'affronter un monde dans lequel on ne se reconnaît pas ?

Le +/- de Lore:

Si ce roman n'avait pas eu autant de valeur pour Ace, je me demande si j'aurais continué ma lecture tant le rythme y est saccadé. Mais Holden est attachant, terriblement. Alors, on passe sur la première moitié du livre, sur les recontres malheureuses notamment...

Pour enfin découvrir ce qui fait la vraie force du livre: les retrouvailles d'Holden avec sa petite soeur Phoebé dans l'appartement familial et leurs échanges. C'est intelligent, sincère et fort. Holden apparait comme "sans défense " quand il se livre à à sa petite soeur. "L'explication " du titre est à lui seul, le passage qui fait oublier le reste pas forcément heureux.

Je pensais être beaucoup plus critique et je me suis replongée dans ces dernières pages. Quand Holden est à  New York . La magie opère.

Ce roman reste donc un "classique" à lire. Par curiosité tout d'abord. A chacun de se forger une opinion peut être plus tranchée que la mienne mais j'ai sincèrement aimé le dernier tiers. Salinger déroute mais sait réellement captiver le lecteur , c'est là aussi, un des points forts du livre.